Entretien avec Dr Michael Berger, Conseiller commercial ambassade d’Autriche – Section commerciale

Dr Michael Berger, conseiller commercial de l’ambassade d’Autriche pour le Maroc et l’Afrique de l’Ouest et conseiller économique pour l’Autriche auprès de la Délégation de l’Union européenne à Rabat, depuis le 1er août dernier, est basé à Casablanca au Maroc. Dans cette entrevue, il revient sur les atouts d’une industrie autrichienne très diversifiée, à la portée des opérateurs africains.

«Autriche-Afrique: le meilleur est à venir»

L’Autriche, dont le tissu économique est constitué de PME, est un grand exportateur, distille de la haute technologie… Avec votre base, labellisée Advantage Austria au Maroc, pays qui a jeté son dévolu sur l’Afrique au sud du Sahara, allez-vous sur des contrats pérennes ou sur des One Shot ?

Dr Michael Berger : Effectivement, l’Autriche, pays de 9 millions d’habitants, est un grand exportateur. Pour l’année écoulée, nous avons exporté pour 140 milliards d’euros de marchandises et 60 milliards d’euros de services, soit un cumul de 200 milliards d’euros. C’est énorme pour un pays si peu peuplé et qui dispose de 500.000 entreprises, dont 10% sont dédiées à l’exportation. Cela signifie que c’est une création de valeurs considérable.

La semaine dernière, nous avions la Semaine africaine de l’Autriche, organisée par la Chambre économique, à Vienne et à Graz, deuxième ville autrichienne. Il y a eu un très grand intérêt de la part des entreprises autrichiennes, avec 350 inscriptions. Lors de Workshops portant sur des occasions cachées, nous avons été plusieurs experts à avancer qu’il n’existe pas d’occasions cachées, mais plutôt des opportunités non exploitées. Et aux opérateurs qui s’intéressent à l’Afrique, nous leur conseillons de le faire sur le long terme. Les besoins et les opportunités qui existent sur le continent sont tellement importants que les réalisations ne se feront pas sur du One Shot… Donc pas question de «vendre une machine puis disparaître».

Justement, face à des besoins structurants  et  de  formation, quelles réponses apportées par un tissu de PME-PMI ?

Nous avons les interlocuteurs adéquats. Nous avons des entreprises qui font de la formation, d’autres qui sont techniques qui font venir du personnel en Autriche pour les former, nous les conseillons de trouver des partenaires locaux pour faire de la maintenance, pour faire le stockage, la distribution, bref la logistique. Pour une meilleure fluidité des échanges, nous leur demandons qu’au moins un responsable puisse au moins parler français.
Dans les pays francophones de l’Afrique de l’Ouest et au Maroc, pays que nous couvrons (Maroc, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée-Conakry, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Ndlr) il vaut mieux parler français… Aussi, comme l’Autriche n’a jamais eu de colonies, nous n’avons pas eu, par le passé, de liens affectifs avec ces pays et n’avions jamais été très présents. Mais vu notre offre potentielle, notamment dans les secteurs de l’environnement, de l’énergie, de l’eau potable… il est nécessaire aux entreprises de mon pays d’améliorer ce volet de la communication et contribuer au développement de cette partie du continent.

Parmi les entreprises présentes, qui sont actuellement les leaders?

Plasser&Theurer, entreprise leader à travers le monde et spécialisée dans les trains qui posent les rails, est bien présente en Afrique, notamment au Sénégal, au Maroc dans la ligne LGV, en Côte d’Ivoire… Avec la LGV du Maroc, cette société a fourni des trains pour tester les rails en termes de sécurité. Ce sont des trains qui prennent des mesures liées aux moindres vibrations… Des entités, telles que Doka, spécialisées dans les coffrages, ont eu à réaliser des chantiers pour la Grande Mosquée Hassan II, des ouvrages d’art au Maroc, Künz a livré des grues et portiques à Tanger Med… Dans l’alimentaire, Red Bull est présente un peu partout, Getzner, dans le textile, est bien présente, notamment au Mali, Eglo, dans les luminaires pour la construction aux particuliers, mais aussi aux industries et hôtels, qui va ouvrir incessamment un Show Room à Casablanca et qui se développe un peu partout en Afrique…

Quid du transfert de technologies dans l’agroalimentaire, sachant que, dans le sous-continent, il existe de nombreuses niches qui ne demandent que de la valeur ajoutée en termes de label et de conditionnement?

C’est ce qui a été un volet important de mon argumentaire à la Journée de l’Afrique à Vienne, la semaine dernière. J’ai défendu l’idée selon laquelle il y aura beaucoup à faire dans les années à venir. Si pendant ces dernières années les richesses ont émané de l’exportation de matières premières brutes, à l’avenir, il y aura une montée dans la chaîne de valeurs, il y aura plus de valeur ajoutée. Par exemple la Côte d’Ivoire, qui produit 40% du cacao mondial, n’a vu l’ouverture de sa première chocolaterie qu’en 2015. Le Burkina Faso, producteur de coton et de beurre de karité, n’a pas pour autant vu l’implantation d’industries de textile, de cosmétiques analogiquement à ces productions… La même configuration existe au Sénégal, au Mali, dans les 2 Guinées… Le comble du paradoxe, c’est que ces matières brutes exportées sont transformées au Nord et, par la suite, importées par ces pays !

Si un investisseur lance une production à valeur ajoutée, son premier marché sera national et/ou régional, sachant que les échanges entre voisins restent très faibles, en dépit des accords dans des zones comme la CEDEAO… Les obstacles sont encore importants, même si les risques de change sont souvent minimisés du fait de zones monétaires. Ils ont aussi trait au manque criant d’infrastructures.

J’ai parcouru le dernier rapport de la BAD (Banque africaine de développement), et le substantif «infrastructures» est revenu dans presque toutes les pages. Ainsi, dans les années à venir l’essentiel se trouvera à ce niveau. Avec l’urbanisation des populations, il faudra outiller les villes en transport, en logement, en assainissement, en hôpitaux et centres de santé…

L’Autriche est-elle prête, à travers ses opérateurs et des structures telles qu’Advantage Austria, à accompagner cet essor?

Nous nous efforçons à cela. Mes collègues et moi, à travers nos 6 bureaux en Afrique, nous nous y attelons et encourageons des investissements durables en Afrique.

Et en finance?

Pas tellement, sauf que certaines banques autrichiennes travaillent avec leurs homologues africaines, telles que la Raiffeissen, Erste Bank dans des opérations de change, de garanties, de financements, exportations… ou encore l’équivalent de la Coface, Austria Control Bank, qui donne des garanties à des entreprises de grande envergure impliquées dans des projets dans la sous-région et même en Europe.

Cela fait un peu moins de 6 moins que vous êtes en poste au bureau de Casablanca? Quelles sont les contraintes auxquelles vous avez été confronté?

Certains obstacles sont récurrents. Une certaine bureaucratie entraînant beaucoup de lenteurs administratives, les tracasseries pour dépoter aux ports, le manque d’infrastructures, la corruption, les risques financiers, les délestages électriques… Ce sont de réelles difficultés. Encore une fois, ce sont des challenges qui existent, mais qui doivent être surmontés.

En termes d’agendas, vous dirigez-vous vers une série de manifestations et d’événements y afférents?

Dès les 19 et 20 février, une mission commerciale à Dakar au Sénégal… Austria Showcase Africallia, à Ouagadougou au Burkina Faso est planifié sur la période du 21 au 23 février. Ensuite, ce sera au tour du SIAM (Salon international de l’agriculture de Meknès, Ndlr) du 24 au 30 avril avec le Pavillon Autriche, puis au SIB (Salon international du bâtiment, Ndlr) du 21 au 25 novembre à Casablanca, avec le Pavillon Autriche. D’autres missions commerciales sont prévues à Abidjan, singulièrement Agro à Abidjan avec la Banque mondiale au mois de mai, du 23 au 24 octobre à Casablanca, et du 3 au 7 décembre à Abidjan. La sous-traitance dans le secteur de l’automobile ne sera pas en reste. Une manifestation est prévue au mois de juin en Autriche à destination du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie. La Journée du Maghreb est prévue en septembre. Ces manifestations s’ajoutent à Market Place Austria, Future Building les 8 et 9 mai à Vienne, Austria Showcase «Sécurité & Gestion risque» du 23 au 24 octobre à Casablanca.

Le système éducatif autrichien fait partie des meilleurs en Europe. Le continent en bénéficie-t-il? Si oui, comment?

Certains acteurs autrichiens développent déjà des projets en Afrique. Nous sommes spécialisés dans la formation «Duale» qui favorise des formations à la fois théoriques et pratiques en apprentissage. Les étudiants apprennent à la fois un métier et poursuivent leurs études. C’est une bonne réponse à l’adéquation formation-emploi, aujourd’hui à l’ordre du jour.
À titre d’exemple, la province la plus occidentale d’Autriche va lancer un programme de formation d’ingénieurs pour le photovoltaïque au Burkina Faso. L’Autriche, relativement petit pays, n’octroie pas des sommes énormes à l’aide au développement. Il a limité son aide à une vingtaine de pays seulement. En Afrique, ce sont le Burkina Faso, l’Ouganda, et l’Éthiopie qui sont concernés.

Qu’en est-il du secteur de la santé où vos performances sont de notoriété?

Plusieurs projets sont développés dans ce secteur en Afrique. Vaned, entreprise autrichienne, a déjà construit des hôpitaux au Sénégal et est en négociations avec ce pays et la Côte d’Ivoire pour la réalisation d’hôpitaux clés en main.

Quels sont vos liens avec les patronats des pays sous votre couverture?

Je les rencontre, nous échangeons. Il ne faut pas perdre de vue que nos bureaux se trouvent dans les capitales économiques. Notre réseau est l’atout majeur que nous mettons à la disposition des opérateurs autrichiens. Nous sommes en train de l’étoffer.
Nous sommes pour la mise en contact des entreprises autrichiennes avec leurs homologues sur cette partie de l’Afrique. Notre pays peut contribuer à l’essor d’un entrepreneuriat local à même d’assurer une production locale. C’est un pays qui a réellement une offre dans divers secteurs et dans les infrastructures.

Propos recueillis par Elimane Sembène et Daouda MBaye

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