Entretien avec Gilles Mersadier*

Le terme transformation agricole est de plus en plus en vogue dans le secteur agricole, notamment en Afrique. Que recouvre ce vocable ? Quels sont ses avantages pour l’Afrique?

Pour les membres du groupe Afrique Verte International l’expression « transformation des produits agricoles » recouvre le travail réalisé par des unités de transformation des céréales sèches (Mil, Sorgho, Maïs) et de sésame qui, en Afrique de l’Ouest, transforme ces produits en farine, couscous, semoule et granulé. Sans transformation, la préparation des repas nécessite un travail long et pénible, travail de préparation des produits de base assurée par les femmes pour nourrir quotidiennement des millions personnes. Mais la population d’Afrique subsaharienne a franchi la barre des 900 millions de personnes en 2013 et devrait atteindre les 2 milliards un peu avant 2050. L’augmentation de ses besoins alimentaires sera plus rapide encore, en raison de l’émergence de classes moyennes au plus grand pouvoir d’achat. Pour répondre à cette demande, tout en valorisant la production agricole locale, de plus en plus de petites et moyennes entreprises actives dans la transformation des produits agricoles voient le jour. C’est une bonne nouvelle pour la sécurité et la souveraineté alimentaire du continent.

Beaucoup de pays optent souvent pour la transformation traditionnelle des produits agricoles à cause du manque de matériels ou d’infrastructures appropriés. Cela ne constitue-t-il pas un frein pour le développement de cette pratique et ses retombées économiques pour le continent?
Plusieurs types d’unités de transformation des produits agricoles peuvent se développer à l’échelle d’un pays africain. Localement un groupement de productrices agricoles peut investir modestement dans du matériel et des infrastructures tout en améliorant les revenus de ces membres et la sécurité alimentaire de la population locale où il est implanté. Dans les villes secondaires et les capitales la demande permet le développement de micro et de petites entreprises qui doivent accéder au crédit pour s’équiper en matériel de stockage, de transformation et de conditionnement. C’est une contrainte forte au développement de la transformation des produits agricoles ; c’est pour cela qu’Afrique Verte International apporte un appui à 200 unités de transformation en renforçant leur capacités d’accès aux crédit par des formations, des médiations avec des banques et la mise en place de fonds de garantie.

Aujourd’hui, on constate que c’est surtout les PME / PMI qui s’activent dans la transformation alimentaire. Quel rôle doit jouer l’Etat pour les accompagner?
Pour arriver à ce que les produits agricoles transformés dans les pays africains puissent contribuer de manière importante à nourrir les africains, Afrique Verte International se mobilise depuis plusieurs années pour que les Etats prennent des mesures politiques, économiques et législatives nécessaires pour soutenir les entreprises locales. Parmi celles on citera : la facilitation de l’accès des unités de transformation aux crédits pour la professionnalisation de leur activité, la défiscalisation de certains équipements mécanisés nécessaires à l’amélioration de la transformation des produits agricoles. Au-delà de ces mesures, les Etats devraient manifester clairement et régulièrement leur attachement au développement de la consommation de produits transformés dans le pays à base de produits agricoles locaux.

L’ONG Afrique Verte plaide-t-elle pour la création d’une dynamique sous-régionale voire continentale pour permettre à l’Afrique d’être un des leaders de la transformation agroalimentaire dans le monde?
Afrique Verte International plaide pour un renforcement du rôle des organisations du monde rural ouest africain intervenant dans les filières des produits agricoles pour qu’elles maîtrisent leur sécurité et leur souveraineté alimentaires. Pour cela les organisations professionnelles agricoles et les fédérations d’unités de transformation doivent construire des relations contractuelles à l’échelle nationale et régionale pour être en capacité de produire, de transformer et de commercialiser des céréales locales. C’est ce type de dynamique appliquée aux différents blocs régionaux sub-sahariens qui permettra aux africains de nourrir l’Afrique !

* Coordinateur d’Afrique Verte, membre du groupe Afrique Verte International

Propos recueillis par E.S.

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