Entretien: Boris Padonou, Cofondateur de KhulaTech

«Nous voulons être des bâtisseurs du continent»

Vous avez cofondé en 2016 «KhulaTech» avec un groupe d’amis. Quelles sont les raisons qui ont motivé sa création?
Nous avons créé KhulaTech en 2016 après plusieurs expériences précédentes. Les trois cofondateurs avaient un background technologique et business. Nous avions, dans un premier temps, monté une start-up sélectionnée parmi les quarante meilleures en Afrique. En 2015, le magazine «Forbes» m’avait inclus sur la liste des 30 jeunes bâtisseurs d’Afrique. Notre start-up a reçu plusieurs propositions de la part d’investisseurs. Nous avons préféré rester au Bénin pour contribuer au développement du pays et de l’Afrique en général et être des bâtisseurs du continent, au lieu d’aller nous installer dans la Silicon Valley. Mettre en place une telle structure pour accompagner les jeunes qui ont des idées innovantes.

Concrètement que propose votre incubateur?
KhulaTech est un accélérateur de start-up. «Khula» veut dire grandir en langue Sossa. En tant que fonds d’amorçage, nous investissons en early-stage jusqu’à 10 millions de FCFA par start-up au terme de quatre tours de table. Nous offrons également toute une palette de formations en collaboration avec des coaches professionnels à destination des entrepreneurs.

Quelles ont été les grandes réalisations de votre incubateur après plus d’un an d’existence?
Nous nous focalisons actuellement sur deux principales start-up : «Mbooni», qui se spécialise dans l’adressage et la logistique, et «Kame», qui est une application éducative version Android, couplée à des formations périodiques sur quatre ou six mois (Kame Cycle) pour permettre notamment aux étudiants de maîtriser davantage les outils technologiques dans le milieu professionnel. Mbooni a déjà deux gros partenaires à son actif : Etisalat (filiale de Maroc Telecom) et Canal+ qui nous a confié l’adressage de l’ensemble de ses stores au Bénin (plus de 400).

Quelles sont vos sources de revenu?
Pour le moment, nous travaillons avec des fonds propres. Nous avons des parts d’actions dans les start-up que nous incubons en fonction des projets. Nous avons des partenaires comme l’entreprise américaine Johnson Johnson qui nous soutient dans le cadre de la start-up Kame.
Votre application mobile éducative «Kame» a été plébiscitée en janvier 2017 par Facebook. De quoi s’agit-il concrètement ?
Nous avions eu plus de 7.500 téléchargements pour l’application «Kame» après huit mois de service. On constate que les résultats du Bac sont parfois catastrophiques au Bénin et dans plusieurs pays africains. Plusieurs élèves doivent parcourir de longues distances pour réaliser des travaux pratiques (TD) afin d’augmenter leurs chances de réussite. Une partie des Kame Cycle est dédiée aux femmes à travers le concept «Women Edtech». Ce programme a déjà bénéficié à plus de 800 femmes. Ces dernières reçoivent des certificats à l’issue de la formation. La dernière session organisée au mois de mai sur l’«Art de rédaction web» et le «Design web» a été parrainée et les certificats co-signés par l’Ambassade des États-Unis.
Lors du lancement de KhulaTech, nous avions rencontré de nombreuses difficultés pour le recrutement d’un collaborateur parce que souvent les étudiants diplômés des universités ne disposent pas des compétences nécessaires pour évoluer dans le milieu professionnel. Au Bénin, il faut avoir un Master 2 avant de pouvoir développer un site web. Il se pose un réel problème d’employabilité de ces lauréats. C’est à partir de là que nous avons jugé utile de mettre en place cette innovation pour toucher le maximum d’étudiants ou élèves dans toutes les régions, sachant que la plupart d’entre eux dispose d’un Smartphone. Kame est une plateforme qui collecte les ressources éducatives ; depuis leur smartphone ils peuvent parcourir des cours, des mémoires, des épreuves, des romans, des TD, etc.

Avez-vous tissé des partenariats avec le monde universitaire?
Actuellement, nous sommes en partenariat avec l’African School of Economics basée aux États-Unis pour mettre leurs ressources éducatives en ligne. Nous sommes en train de négocier un partenariat avec le campus numérique de la francophonie au Bénin.

Quels sont vos projets pour les trois prochaines années?
Nous développons actuellement des projets sur l’impression 3D et l’internet des objets qui peut apporter des transformations positives en Afrique. Notre division 3D a récemment remporté le 3e prix lors du hackhaton sur l’e-santé. Nous avions utilisé cette innovation pour imprimer des prothèses à moindre coût pour les personnes qui ont des fractures au niveau des os. Nous avons noué un partenariat avec une entreprise qui souhaite fabriquer des lunettes médicales à bas coût imprimées en 3D. D’autre part, nous envisageons de lancer prochainement des start-up dans l’e-santé et l’e-agriculture.

Est-ce que vous ciblez d’autres marchés en dehors du Bénin?
Nous sommes en train d’étendre les formations de Kame Cycle dans la sous-région, et nous prévoyons de lancer des centres sous-régionaux basés au Bénin. Nous ciblons aussi le Nigéria à travers l’application Mbooni et nos projets d’e-santé ainsi que d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest.

Globalement, comment se porte l’entrepreneuriat au Bénin?
L’entrepreneuriat n’est pas développé au Bénin. Les jeunes développent des idées et projets innovants, mais il n’existe pas réellement de culture entrepreneuriale. Ils n’ont pas souvent l’esprit d’initiative pour lancer leur propre start-up.

Propos recueillis par Elimane Sembène

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