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Entretien: Mejdi Ayari, Spécialiste des MOOC à l’Agence universitaire de la francophonie

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Les «MOOC» prennent de plus en plus une place importante dans les programmes académiques en Afrique. L’Agence universitaire de la francophonie (AUF) a d’ailleurs lancé un programme de formation sur le numérique pour des universités de l’Afrique francophone. Quels sont les grands axes de ce projet ?

Tout d’abord, il faut rappeler que l’Agence universitaire de la francophonie a commencé à œuvrer dans le domaine du numérique éducatif depuis plus d’une vingtaine d’années. Notre engagement se concrétise via la création d’un ensemble de campus numériques francophones se trouvant dans tous les pays africains francophones. Ces structures offrent des actions de sensibilisation et de formation à l’usage du numérique éducatif. L’AUF soutient aussi un ensemble de Formations ouvertes et à distance (FOAD) : plus que 80 formations diplômantes (Licence et Master) totalement à distance et dont une grande partie sont issues des pays du Sud. À côté de ces FOAD, l’Agence est tout à fait consciente que les MOOC ou CLOM (Cours en ligne ouverts et massifs) présentent une opportunité pour nos pays du Sud afin d’avoir plus de visibilité à l’échelle internationale et assurer une solution au problème de la massification. L’Agence, depuis l’année dernière, a soutenu 6 projets de MOOC/CLOM et soutient aussi 5 autres projets pour cette année.

Nous sommes tout à fait conscients qu’il faut doter nos universités de compétences humaines les rendant autonomes dans le domaine du numérique éducatif. Plusieurs thématiques sont abordées dans ces ateliers, dont comment scénariser un MOOC/CLOM, comment animer et piloter un MOOC/CLOM, l’usage d’une plateforme pour l’intégration du contenu d’un MOOC/CLOM… Ces différents chantiers sont menés en étroite collaboration avec un ensemble de partenaires du Nord tels que France Université Numérique (FUN), l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et Centrale Lille.

Combien d’universités bénéficient de ce programme ?

Toutes nos universités membres (qui dépassent les 800 dans le monde et dont une centaine se trouvent au Maghreb) peuvent bénéficier de nos actions dans le domaine du numérique. Des appels à candidatures sont lancés : il suffit de postuler et, une fois le dossier évalué positivement, l’Université bénéficiera du soutien de l’Agence. À titre indicatif, l’appel à projets lancé cette année pour soutenir des MOOC développés par des Universités du Sud a permis de sélectionner 5 projets dont 2 sont issus d’un consortium d’Universités maghrébines et soutenus par le Bureau Maghreb de l’AUF. Ces 5 nouveaux projets viennent rejoindre une première vague de 6 projets de MOOC/CLOM soutenus l’année dernière. Ces MOOC/CLOM une fois accessibles en ligne permettent facilement de toucher pas moins de 3.000 apprenants par MOOC/CLOM, et par session.

Nous avons un MOOC/CLOM sur l’écotourisme de l’Université de Jendouba (Tunisie) qui a permis à plus que 3.000 apprenants, dont plus de la moitié sont issus d’Afrique francophone, de se former à l’écotourisme et dont presque une centaine se présenteront à un examen de certification pour avoir une reconnaissance de leurs compétences dans ce domaine.

Par ailleurs, l’Agence a lancé, depuis cette année, un programme de formation de formateur en conception et développement des MOOC/CLOM : 3 premiers ateliers, organisés au Maghreb, ont permis de former 25 formateurs par atelier de formation. Ce même programme sera déployé dans les autres régions (Afrique centrale, Afrique de l’Ouest, Moyen-Orient…) dans les jours à venir.

Et pour compléter notre offre, nous venons de lancer en partenariat avec l’Unesco et le Réseau international francophone des établissements de formation de formateurs (RIFEFF) le MOOC CERTICE SCOL (certification des compétences TIC des enseignants). CERTICE SCOL vise à former puis à certifier les enseignants du primaire, du secondaire et leurs encadrants aux usages des technologies de l’information et de la communication en éducation.

Quels sont les avantages de ces cours massifs et gratuits pour l’enseignement supérieur africain ?

D’abord et comme son nom l’indique il s’agit de cours massifs qui répondent très bien au problème de massification auquel l’enseignement supérieur africain est confronté. Deuxième avantage c’est que cette modalité de formation fait appel à de nouvelles approches pédagogiques telles que la pédagogie par les pairs et par les projets ainsi que le recours aux réseaux sociaux pour un apprentissage collaboratif. Toutes ces approches pédagogiques innovantes incitent les apprenants à s’engager davantage dans la formation.

Par ailleurs, il ne faut pas négliger l’apport des MOOC/CLOM dans la visibilité internationale de nos universités africaines ; les premiers MOOC/CLOM développés en Afrique ont bien montré l’engouement autour des connaissances et des savoirs africains et cela ne peut être que bénéfique pour la visibilité de nos universités et surtout de nos enseignants africains.

Selon vous, quelles sont les principales entraves qui freinent le développement des «MOOC» en Afrique ?

Tout d’abord, il faut bien sensibiliser nos professeurs aux apports des MOOC/CLOM. Il est tout à fait normal qu’il y ait une résistance de leur part à ce nouvel «intrus», mais ils doivent bien comprendre qu’avec le numérique on ne va pas les déposséder de leur pouvoir ni réduire leurs heures de cours, mais ils seront plutôt amenés à innover dans leurs méthodes pédagogiques. Pour pallier ce problème, les décideurs ont un rôle important à jouer : ils doivent encourager toute initiative d’enseignant désirant utiliser le numérique et valoriser les expériences pilotes.

Deuxième élément à prendre en considération, et qui est relatif à toutes les activités qui se font en ligne, est la qualité de la bande passante. Il existe une disparité flagrante entre les différents pays africains par rapport à la bande passante utilisée. Cela présente un vrai handicap d’autant que le contenu des MOOC se base essentiellement sur des capsules vidéo. Pour essayer d’atténuer les conséquences de ce problème d’ordre technique, il faut que les concepteurs des MOOC/CLOM orientés vers un public africain prennent en considération cet aspect et proposent du contenu adapté à leur public cible.

Le modèle économique des MOOC/CLOM présente aussi un éventuel frein pour leur développement : Comment arriver à financer le développement et l’animation d’un MOOC/CLOM alors que la formation est gratuite ? Pouvons-nous nous limiter aux recettes engendrées par les certifications pour faire vivre un MOOC/CLOM ? Et est-ce que nos apprenants africains sont prêts à payer des certifications alors qu’ils sont habitués à payer des frais de scolarité dérisoires ? Tous ces questionnements doivent être pris en considération afin de garantir la pérennité d’un MOOC/CLOM et créer un modèle adapté à l’Afrique. Malgré ces différentes entraves, nous pensons qu’il faut bien avancer dans cette voie et cela pour l’intérêt de l’Afrique et de sa jeunesse rattachée à l’usage des TIC.  

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