Interview: Babacar GNING, Président-Directeur Général de Deff Media Pro

Babacar GNING, Président-Directeur Général de Deff Media Pro, a un parcours hors du commun. Recalé dans sa tentative d’émigration vers l’Espagne, riche de plusieurs qualifications professionnelles, il s’est fixé finalement au Maroc, plus précisément à Casablanca. Dans ce pays de transit, celui qui est devenu serial entrepreneur développe avec son équipe une web TV qui ambitionne d’être panafricaine.

Vous êtes co-fondateur de Deff Media Pro. Votre parcours atypique peut servir d’exemple, comment en êtes-vous arrivé là ? Quel est votre cursus scolaire et académique?
Je suis né à Pikine dans la banlieue dakaroise, mais nous sommes installés à Diamniadio, non loin de Sébikotane, à une quarantaine de kilomètres de Dakar. Pour avoir quitté l’école à la classe de CP2 (Classe préparatoire, 2ème année) du primaire, je puis affirmer que je n’ai pratiquement pas fait d’études académiques. Pourtant, mon père fit tout, ainsi qu’une de mes maîtresses qui avait perçu beaucoup de potentiel en moi, pour que je poursuive ces études, mais rien n’y fit ! Cette même maîtresse est allée jusqu’à rendre visite à mes parents pour les persuader de me garder à l’école, voyant en moi de réelles possibilités de réussite. Mais en vain… Mon père a alors été très catégorique. Il m’a clairement indiqué que j’allais être réinscrit pour apprendre un métier, une profession…

Vous avez donc par la suite appris un métier?
Ah oui… plus qu’une profession, je dirais que je suis comme celui-là qu’on dénomme l’homme aux 12 métiers. J’ai été tour à tour soudeur, frigoriste, mécanicien, infographe, électronicien… J’étais un réparateur connu de téléphones portables, de téléviseurs…

Combien de temps duraient vos périodes d’apprentissage?
En général, il me fallait un an ou moins pour maîtriser ces métiers. Je brûlais les étapes… Je dois préciser que ma profession de prédilection, pour laquelle j’ai obtenu des diplômes et titres, notamment un Certificat 7ème catégorie, est soudeur semi-automatique.

Où avez-vous obtenu ce certificat qui a sanctionné votre formation?
J’ai obtenu ce diplôme à Saly Portudal au Sénégal. Je faisais partie des équipes qui installaient les ascenseurs dans les bâtiments et édifices de cette sous-région.

Donc vous avez exercé au Sénégal?
Oui, j’y ai effectivement travaillé dans un certain nombre d’entreprises. Toutefois, je tiens à souligner que je ne suis pas fait pour le salariat. Je me suis toujours dit que je vais créer ma propre société. C’était ancré en moi depuis mon enfance…

Vous avez travaillé combien de temps comme salarié dans votre pays avant de monter votre propre entreprise?
Un certain temps, puis j’ai monté des ateliers de réparation de téléphones portables. J’en avais 3 à Diamniadio. Et de cette localité, je suis venu au Maroc.

Justement, qu’est-ce qui vous a motivé pour émigrer et quitter le Sénégal?
J’avais des ambitions comme tout le monde. Mais je savais que si je reste au Sénégal, ce serait difficile de les réaliser…

Mais pourquoi donc?
Parce qu’il n’y avait pas l’accompagnement nécessaire. Aussi, je n’avais pas en face de moi des interlocuteurs qui croyaient en moi… la majeure partie m’écoutait avec une oreille, ne me prenait pas au sérieux ou ne mesure pas mon potentiel. Je me suis alors dit qu’il fallait quitter pour aller ailleurs. L’Espagne fut ma destination de choix… Mais j’ai atterri au Maroc.

Vous avez tenté la traversée pour combien de fois?
Ah oui. Le premier jour que nous avons tenté, nous nous sommes rendus au point de ralliement dans la forêt pour regagner les embarcations et faire la traversée, mais malheureusement les policiers nous ont rattrapés. Une seconde fois, nous avions été également rattrapés.
La dernière tentative, la 3ème ou 4ème, nous avions pratiquement atteint l’Espagne à Tarifa, pendant la nuit. Et la Guardia Civil nous a interceptés et renvoyés chez les garde-côtes marocains, même si nous étions en zone espagnole… Finalement, les Marocains nous ont récupérés pour nous convoyer sur Tanger.

Comment se déroule concrètement la traversée?
Nos convois étaient organisés sur la base de groupes de 12 qui se cotisent pour acheter un zodiac. Des zodiacs, qui prennent normalement 4 personnes, sont surchargés, prenant 3 fois plus que leur capacité. Après plusieurs tentatives, je n’ai jamais pu atteindre l’Espagne !

Au Maroc, comment avez-vous dû évoluer jusqu’à fonder Deff Media Pro (première Web TV dédiée à la diaspora subsaharienne au Maroc) et constituer votre équipe?
Après la mort d’un ami intime sous mes yeux durant la traversée, qui était comme un frère pour moi, je me suis dit là il faudra te poser… Au Maroc, il y a beaucoup de choses à faire et j’ai décidé de tenter ma chance dans ce pays, d’autant plus que je maîtrise un certain nombre de qualifications. J’ai d’abord postulé à l’OCP à El Jadida où j’ai trouvé une base. J’ai été embauché pendant 3 mois comme soudeur, puis à Oxycoupe… J’ai été bien rémunéré, mais je me suis dit que je n’ai pas quitté le Sénégal pour rester salarié. Finalement, j’ai mis en place une stratégie pour arriver à créer ma propre entreprise. Elle consistait à constituer d’abord un capital en tant qu’employé, puis par la suite gérer ma propre affaire. J’ai donc travaillé dans la presse, des médias en ligne… comme Monteur, Reporter…
Après une étude de marché, j’ai dû serrer la ceinture pendant un an pour me concentrer à 100% sur ce projet. J’ai dû couper les vivres à la famille qui comptait sur les transferts que j’envoyais chaque mois, pour y arriver.

Après cette période assez dure, quelles ont été vos grandes satisfactions?
Sans hésitation, c’est surtout le jour où nous avons réussi l’événement de Hub Africa (la 5ème édition).

Quelles ont été les retombées de votre couverture de Hub Africa?
Hub Africa a révélé énormément de choses pour Deff Media Pro. La couverture de la dernière édition est édifiante. Nous avons dû accompagner la Caravane Saga Africa, sur 7 000 km, soit le trajet Casablanca-Dakar, par la route, pendant 7 jours, avec une halte d’une journée seulement à Dakar, avant de rebrousser chemin vers Casablanca, via Nouakchott. A Casablanca, nous avons enchainé directement sur Hub Africa… que nous avons réussi haut la main.

Comment vous faites-vous connaître?
Nous pouvons être vus via notre plateforme, la WebTv, le site web ou encore notre Page Facebook.

En termes de désillusions, qu’avez-vous retenu?
Nous avons essuyé quelque cas d’impayés. Nous avons rencontré certains clients qui ne nous ont pas pris au sérieux. Il arrive que des clients budgétisent leurs manifestations en omettant le volet couverture média et audiovisuel… En définitive, ce sont des impairs qui nous enrichissent, dans la mesure où nous avons décidé de nous éloigner de l’informel.

Vous avez aussi une casquette d’inventeur, quels sont vos projets sur ce volet?
Relativement à Deff Media Pro, nous visons à ce qu’elle soit une grande télévision panafricaine. Quant à «Xaregnetech», c’est un projet qui va tourner autour d’une machine révolutionnaire. Cette machine pourra être autonome en courant électrique.
Un autre projet concernera des bicyclettes électriques autonomes, qui peuvent être déclinées en véhicules électriques autonomes à quatre roues, voire des automobiles.

Que  conseillez-vous   aux   jeunes d’aujourd’hui?
«Croire en vous !». En wolof, notre langue nationale, on dit «Gëm sa bop», c’est d’autant plus juste que chaque personne a l’obligation de croire en lui-même. Il leur faudra de la patience et un sacré lot de courage. Dans le monde d’aujourd’hui, rien n’est facile, donc il faudra de la persévérance. A ceux qui ont choisi de quitter leurs terroirs, je leur demanderais de s’armer d’une qualification professionnelle, avec un savoir-faire, et ne compter que sur soi-même, pas sur l’État. La meilleure manière reste la création de son entreprise.

Propos recueillis par Daouda Mbaye

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